Recrutement dans le nettoyage : pourquoi les postes d'agents de propreté ne se pourvoient plus, et ce que les entreprises et leurs clients peuvent y faire
11 septembre 2026 · 10 min de lecture

Le nettoyage est l'un des cinq métiers qui recrutent le plus en France, et l'un de ceux qui recrutent le plus mal. En 2025, les employeurs ont déclaré 84 540 projets de recrutement d'agents d'entretien de locaux, le cinquième volume tous métiers confondus, et ils en ont jugé 44 % difficiles à pourvoir ; les estimations professionnelles évoquent 50 000 postes vacants. Ce n'est pas une crise conjoncturelle : le secteur crée des emplois depuis dix ans, sa croissance dépasse celle de l'économie, et il ne trouve pas les personnes. Cet article explique pourquoi, chiffres à l'appui : le temps partiel subi, les horaires fractionnés, la pénibilité, les salaires proches du minimum, l'image du métier et un turnover supérieur aux autres services. Il décrit ce que les entreprises de propreté font pour y répondre, ce que leurs clients, donneurs d'ordre publics et privés, peuvent changer dans leurs cahiers des charges, et la place du robot dans cette équation, qui n'est pas celle qu'on croit : dans un modèle cobotique, le robot ne remplace pas l'agent que l'on ne trouve pas, il rend tenable le poste de celui que l'on a. Les sources sont datées et listées en fin d'article.
Le secteur en chiffres : un métier qui recrute et qui ne trouve pas
La propreté est une industrie de main-d'œuvre. Selon la Fédération des entreprises de propreté, près de 15 000 entreprises employant au moins un salarié réalisent 21 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec plus de 600 000 emplois, dont 64 à 65 % occupés par des femmes ; le secteur a créé plus de 110 000 emplois en dix ans et sa croissance a atteint 8,9 % en 2021, 7,5 % en 2022 et 4,3 % en 2024. Ce n'est donc pas un secteur en déclin qui peine à recruter : c'est un secteur en croissance qui ne trouve pas les personnes pour la porter.
L'enquête Besoins en main-d'œuvre 2025 de France Travail, qui recense les intentions d'embauche des employeurs, place les agents d'entretien de locaux au cinquième rang des métiers les plus recherchés, avec 84 540 projets de recrutement, dont 44,1 % jugés difficiles par les employeurs eux-mêmes et 20,8 % saisonniers ; les agents de service hospitaliers ajoutent 17 837 projets, dont 38 % difficiles. Sur l'ensemble des 200 métiers de l'enquête, 2 433 015 projets sont recensés et 50,1 % sont jugés difficiles : la propreté est légèrement en dessous de la moyenne des difficultés déclarées, mais sur un volume tel que le nombre absolu de postes non pourvus est l'un des plus élevés de l'économie. Les organisations professionnelles estiment à environ 50 000 le nombre de postes vacants en 2025.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Projets de recrutement d'agents d'entretien de locaux, 2025 | 84 540 (5e métier de France) | France Travail, BMO 2025 |
| Part jugée difficile à pourvoir | 44,1 % | France Travail, BMO 2025 |
| Postes vacants estimés, 2025 | environ 50 000 | Estimation professionnelle (Groupe France Clean) |
| Emplois du secteur | plus de 600 000 | FEP, Monde de la Propreté, 2025 |
| Entreprises (au moins un salarié) | près de 15 000 | FEP, 2025 |
| Chiffre d'affaires | 21 milliards d'euros | Monde de la Propreté, 2025 |
| Part de femmes | 64 à 65 % | FEP, 2025 |
| Salariés à temps partiel | 44 % | INSEE, 2015, cité par Groupe France Clean |
| Taux de rotation | 26 % (21 % dans les autres services aux entreprises) | INSEE, 2015, cité par Groupe France Clean |
Pourquoi les postes ne se pourvoient plus : six causes qui se renforcent
- Le temps partiel subi et fractionné. 44 % des salariés sont à temps partiel, et beaucoup cumulent deux ou trois employeurs pour approcher un temps plein, avec des trajets non payés entre les sites. Un poste de deux heures le matin et deux heures le soir sur deux sites différents n'est pas un emploi que l'on choisit ; c'est un emploi que l'on quitte dès qu'un autre se présente.
- Les horaires décalés. Le nettoyage se fait avant l'ouverture et après la fermeture des sites, tôt le matin et tard le soir, parce que les clients ne veulent pas le voir. Ces horaires sont incompatibles avec une vie de famille, des transports en commun, un second emploi stable ; ils sont majorés par la convention collective, mais la majoration ne compense pas l'organisation de vie qu'ils imposent.
- La pénibilité. Postures, gestes répétitifs, port de charges, produits, cadences : le nettoyage est l'un des métiers les plus exposés aux troubles musculo-squelettiques, et les sols, qui représentent 60 à 95 % du temps de travail, en sont la première cause. Un agent qui a mal au dos à quarante ans quitte le métier.
- Les salaires. Le coût employeur d'un agent est de 14 à 17 € de l'heure chargés, ce qui correspond à un salaire proche du minimum conventionnel ; à temps partiel, cela représente 900 à 1 200 € par mois. Les entreprises de propreté ne peuvent pas payer plus que ce que leurs clients acceptent de payer, et la pression sur les prix au m² se répercute directement sur les salaires.
- L'image du métier. Invisible par construction, peu qualifié en apparence, le métier n'attire pas les jeunes et n'est pas présenté comme un métier à compétences, alors qu'il en exige : techniques, produits, protocoles, sécurité, relation client.
- Le turnover. Avec un taux de rotation de 26 %, un quart des effectifs se renouvelle chaque année ; chaque départ coûte un recrutement, une formation, une période de moindre qualité, et affaiblit les équipes restantes, qui absorbent les absences. La difficulté de recrutement nourrit le turnover, qui nourrit la difficulté de recrutement.
Ce que font les entreprises de propreté
La profession a identifié ces causes depuis longtemps et y répond, avec des résultats inégaux parce que la plupart des leviers ne sont pas entièrement entre ses mains. Le travail en journée, promu par la fédération depuis plus de dix ans, remplace les vacations de 6 h et de 20 h par des passages pendant les heures d'ouverture, ce qui rend les postes compatibles avec une vie normale et permet de regrouper les heures ; il suppose l'accord du client. Le temps plein et le regroupement des heures sur un même site ou un même secteur géographique réduisent les trajets et les multi-employeurs. La formation qualifiante, avec les certificats de qualification professionnelle de la branche, donne au métier une progression et une reconnaissance. La mécanisation et la robotisation retirent les gestes les plus pénibles. L'amélioration des conditions, matériel léger, chariots ergonomiques, produits sans risque, vestiaires dignes, pèse sur la fidélisation.
Ce que la profession ne peut pas faire seule, c'est changer les horaires et les fréquences que ses clients lui imposent, ni payer des salaires que ses prix ne couvrent pas. C'est là que le donneur d'ordre entre en jeu.
Ce que les donneurs d'ordre peuvent changer dans leur cahier des charges
- Accepter le nettoyage en journée, au moins pour une partie des prestations : circulations, sanitaires, espaces communs, réserves. Un cahier des charges qui impose « hors présence du personnel » impose des postes de nuit et du turnover.
- Regrouper les heures. Préférer un agent à temps plein sur un site, ou sur deux sites voisins, à trois agents à temps partiel ; l'écrire dans les critères de l'appel d'offres.
- Payer les heures réelles. Un prix au m² tiré vers le bas se traduit en cadences irréalistes, donc en agents qui courent, en heures non payées et en départs. Notre guide du tarif au m² explique comment lire un devis en heures.
- Prévoir le transfert du personnel lors d'un changement de prestataire, avec le calendrier et le tuilage que décrit notre guide de l'annexe 7 : les agents transférés sont l'équipe la plus stable que le site aura jamais.
- Reconnaître le métier : un vestiaire, un local de ménage digne, un accès aux espaces de pause, un nom sur le planning, un mot aux agents. Cela ne coûte rien et se voit dans le turnover.
- Accepter la mécanisation et la robotisation des grandes surfaces, qui retirent du poste ce qui le rend intenable, à condition qu'elles s'accompagnent d'une réorganisation des heures et non d'une suppression.
La place du robot : ni remplacement, ni miracle
Il serait facile, et faux, de présenter le robot de nettoyage comme la solution à la pénurie : puisqu'on ne trouve pas d'agents, mettons des machines. Ce raisonnement se heurte à deux réalités. La première est technique : un robot couvre les grandes surfaces planes, et rien d'autre ; les bords, les sanitaires, les escaliers, les zones encombrées, les imprévus restent à faire par une personne, et un site sans agent est un site sale sur tout ce que le robot ne fait pas. La seconde est sociale : les agents que l'on cherche à remplacer sont ceux que l'on ne trouve pas, et ceux que l'on a sont ceux qu'il faut garder.
Le modèle cobotique renverse la question. Le robot prend la surface, c'est-à-dire la part du travail la plus répétitive, la plus pénible pour le dos et les épaules, et la plus nocturne, puisque c'est elle qui se fait quand les allées sont vides. L'agent garde ce qui demande une compétence et une présence, et ses heures se réorganisent : moins de vacation de nuit sur des kilomètres de couloirs, plus de journée sur des zones à jugement, du contrôle, de l'exploitation du robot. Le poste devient plus qualifié, plus diurne, plus complet, et donc plus tenable. Sur nos sites, le nombre d'heures d'agent baisse rarement ; ce qui baisse, c'est la pénibilité et le turnover. Notre page sur la cobotique décrit cette répartition, et notre guide de la convention collective de la propreté donne le cadre social dans lequel elle s'inscrit.
Le robot ne résout donc pas la pénurie ; il change ce qu'il faut recruter. Un agent formé à l'exploitation d'un robot, qui travaille en journée sur un site où la machine a pris les kilomètres, est un profil que l'on trouve, que l'on forme et que l'on garde. C'est cette transformation du poste, plus que la machine elle-même, qui est la réponse.
Les sources
Chiffres et publications cités dans cet article, consultés le 11 septembre 2026.
- France Travail, enquête Besoins en main-d'œuvre 2025 (rapport national) : 84 540 projets de recrutement d'agents d'entretien de locaux, 5e métier le plus recherché de France, 44,1 % jugés difficiles, 20,8 % saisonniers ; 17 837 projets d'agents de service hospitaliers, 38 % difficiles ; tous métiers : 2 433 015 projets, 50,1 % difficiles.
- Fédération des entreprises de propreté (FEP) et Monde de la Propreté, chiffres clés 2025 : près de 15 000 entreprises employant au moins un salarié, plus de 600 000 emplois, plus de 110 000 emplois créés en dix ans, 21 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 64 à 65 % de femmes.
- Groupe France Clean, « Pénurie de main-d'œuvre nettoyage : état des lieux et solutions 2026 » : environ 50 000 postes vacants estimés en 2025 ; 44 % de salariés à temps partiel et taux de rotation de 26 % contre 21 % dans les autres services aux entreprises (INSEE, 2015) ; croissance du secteur 8,9 % en 2021, 7,5 % en 2022, 4,3 % en 2024.
- Guérin Robotics, « Coût d'un agent de nettoyage », repères 2026 : coût employeur 14 à 17 €/h ; temps partiel 3 h/jour 900 à 1 200 €/mois ; temps plein 2 000 à 2 600 €/mois.
- Easy to Clean, guide de la convention collective de la propreté (IDCC 3043) : temps partiel, majorations de nuit et de dimanche, annexe 7.
Questions fréquentes
Combien de postes d'agents de nettoyage sont à pourvoir en France ?
Pourquoi le secteur du nettoyage a-t-il du mal à recruter ?
Combien gagne un agent de propreté ?
Le travail en journée est-il possible dans le nettoyage ?
Les robots de nettoyage vont-ils remplacer les agents ?
Que peut faire un client pour aider son prestataire à recruter ?
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