Convention collective de la propreté (IDCC 3043) : ce qu'un acheteur ou un donneur d'ordre doit en connaître avant de signer un contrat de nettoyage
10 septembre 2026 · 7 min de lecture

Un acheteur de prestations de nettoyage n'a pas à connaître le droit du travail de son prestataire. Il a en revanche intérêt à connaître les quelques règles de la convention collective de la propreté qui expliquent pourquoi les offres se ressemblent sur le coût horaire, pourquoi le personnel du sortant se retrouve chez l'entrant, pourquoi les heures de nuit et du dimanche coûtent plus cher, et pourquoi le nettoyage en journée devient un sujet. Ce guide en donne la lecture utile à l'acheteur : le champ d'application, les classifications et les minima, le temps partiel, les majorations, l'annexe 7, la formation, et ce que chaque règle change au prix et à l'organisation d'un contrat. Il ne remplace pas la lecture du texte en vigueur ni l'avis d'un juriste sur un cas particulier. Le mécanisme de reprise du personnel en cas de changement de prestataire est détaillé dans notre article sur l'annexe 7 et le transfert de personnel.
Champ d'application et portée
La convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés, identifiée par le code IDCC 3043, a été signée le 26 juillet 2011 et étendue par arrêté, ce qui la rend applicable à toutes les entreprises du champ, adhérentes ou non aux organisations signataires. Elle a remplacé la convention de 1994 (IDCC 1810). Son champ couvre les entreprises dont l'activité principale est le nettoyage de locaux, industriel ou tertiaire, à quoi s'ajoutent des services associés (prestations de logistique interne, hygiène, petite maintenance) lorsqu'ils sont accessoires. Elle est complétée par des accords de branche (salaires, formation, prévoyance, temps partiel) et par des avenants réguliers, en particulier sur les minima. Pour l'acheteur, cela signifie que tout prestataire sérieux applique les mêmes règles de base, et qu'une offre dont le coût horaire s'éloigne nettement des autres ne peut s'expliquer que par le nombre d'heures, l'encadrement ou la marge, pas par un régime social différent.
Classifications et salaires minima : pourquoi les coûts horaires se ressemblent
La convention classe les salariés en filières et en niveaux. La filière exploitation comprend les agents de service (AS1 à AS3), les agents qualifiés de service (AQS1 et AQS2), les agents très qualifiés de service (ATQS1 à ATQS3), les chefs d'équipe (CE1 à CE3) et les agents de maîtrise (MP1 à MP5) ; des filières administrative et cadres complètent la grille. À chaque niveau correspond un taux horaire minimum, revalorisé par avenant en général chaque année, auquel s'ajoutent une prime d'expérience liée à l'ancienneté dans la branche et, selon les cas, des primes conventionnelles. Le coût horaire chargé d'un agent de service, minimum conventionnel plus cotisations patronales, représente l'essentiel du prix d'une heure de nettoyage ; le matériel, les produits, l'encadrement, les frais de structure et la marge complètent le reste.
Conséquence pour l'acheteur : deux offres pour le même site ne peuvent pas différer fortement sur le coût horaire d'un agent. Quand elles diffèrent de 25 ou 30 % sur le forfait, c'est le nombre d'heures qui diffère, ou le niveau de qualification et d'encadrement proposé. L'analyse des offres se fait donc en heures et en organisation, comme nous l'expliquons dans notre guide de l'appel d'offres de nettoyage. Un acheteur qui demande le niveau de classification des agents et de l'encadrement affectés à son site lit mieux ce qu'il achète.
Temps partiel, multi-emploi et organisation des tournées
La propreté est une profession de temps partiel : une majorité d'agents travaillent quelques heures par jour, souvent chez plusieurs employeurs, tôt le matin et en soirée, au rythme des sites qu'ils entretiennent. La convention et les accords de branche encadrent cette organisation : durée minimale de travail, limitation des coupures dans une journée, compléments d'heures, priorité d'accès au temps plein, prise en compte des temps de déplacement entre sites dans certaines conditions. Ces règles pèsent directement sur l'organisation que le prestataire peut proposer : un site qui n'offre qu'une heure et demie par jour à 5 h du matin est difficile à pourvoir et à tenir ; un site qui regroupe des heures, ou qui accepte une intervention en journée, se pourvoit mieux et connaît moins d'absences. C'est une raison, avec le coût, de l'intérêt croissant pour le nettoyage en journée, que la branche encourage et que notre guide sur les horaires de nettoyage des bureaux détaille.
Nuit, dimanche, jours fériés : les majorations
La convention prévoit des majorations pour les heures effectuées la nuit, le dimanche et les jours fériés, dont les taux et les plages horaires sont fixés par le texte et ses avenants et doivent être vérifiés dans la version en vigueur. Pour l'acheteur, l'essentiel est le mécanisme : une heure de nuit ou de dimanche coûte sensiblement plus qu'une heure de jour en semaine, et un cahier des charges qui impose des interventions de nuit ou sept jours sur sept achète ces majorations. Un magasin qui déplace le lavage de ses allées de la nuit au matin avant l'ouverture, un siège qui accepte le nettoyage des circulations en journée, un entrepôt qui robotise le lavage nocturne de ses allées principales, réduisent la part des heures majorées dans leur contrat. Nous en donnons un exemple dans notre guide sur le nettoyage de nuit ou de jour en grande surface.
L'annexe 7 : la reprise du personnel lors d'un changement de prestataire
L'article 7 de la convention, connu sous le nom d'annexe 7, organise la continuité des emplois lors du changement de prestataire sur un site : le nouveau prestataire est tenu de reprendre les salariés du sortant affectés au site, sous conditions. Les conditions usuelles tiennent à la nature du contrat (contrat à durée indéterminée, ou à durée déterminée conclu pour le remplacement d'un salarié transférable), à l'ancienneté sur le site (au moins six mois à la date de la fin du contrat commercial), à la part du temps de travail consacrée au site (au moins 30 % du temps de travail total du salarié) et à l'absence d'une longue absence (le salarié ne doit pas être absent depuis quatre mois ou plus, hors certains cas). Le transfert conserve l'ancienneté, la qualification et la rémunération ; les avantages propres à l'entreprise sortante peuvent faire l'objet de règles particulières. Le sortant transmet la liste des salariés transférables et leurs éléments contractuels, dans des délais fixés par le texte.
Pour l'acheteur, trois conséquences pratiques. La liste du personnel transférable doit être communiquée aux candidats dès la consultation, faute de quoi ils ne peuvent pas chiffrer ; le calendrier de la consultation doit laisser le temps du transfert avant le démarrage ; et l'économie attendue d'un changement de prestataire est bornée par la reprise des contrats et des rémunérations, ce qui déplace la concurrence vers l'organisation, l'encadrement, le matériel et la qualité plutôt que vers le coût du personnel. Les conditions exactes, les exceptions et les contentieux de l'annexe 7 dépassent le cadre de ce guide : sur un marché important ou une situation particulière (réduction du périmètre, changement de fréquences, site multi-prestataires), l'avis d'un juriste en droit social s'impose.
Formation, CQP et ce qu'un acheteur peut demander
La branche de la propreté a développé des certificats de qualification professionnelle (agent machiniste classique, agent d'entretien et de rénovation en propreté, chef d'équipe, laveur de vitres, agent en nettoyage de locaux sensibles, entre autres) et une politique de formation soutenue par son organisme de formation et son fonds d'assurance formation. Un acheteur peut demander, dans son cahier des charges, les qualifications et la formation des agents et de l'encadrement affectés à son site (CQP, formation aux produits et à la sécurité, habilitations spécifiques, formation à l'utilisation des machines et des robots), et noter ce sous-critère dans la valeur technique. Il peut aussi exiger les éléments qui prouvent le respect des obligations sociales du prestataire (attestations de vigilance, absence de travail dissimulé), qui relèvent de sa responsabilité de donneur d'ordre.
Ce que tout cela change au contrat et à la robotisation
Lue par un acheteur, la convention collective dessine trois leviers. Le premier est l'organisation : regrouper les heures, accepter le nettoyage en journée là où il est possible, réduire les interventions de nuit et du dimanche à ce qui l'exige. Le deuxième est la qualification : acheter de l'encadrement et des agents formés plutôt que des heures brutes, et le noter. Le troisième est la mécanisation : sur les grandes surfaces de sols, la robotisation du lavage et du balayage remplace des heures de nuit majorées par des cycles de machine, et réaffecte les heures d'agent sur les finitions, les sanitaires et les zones sensibles, en journée. Ce n'est pas une réduction d'effectif, c'est un changement de contenu du travail, conforme au modèle cobotique que nous appliquons : la machine tient la surface, l'agent tient la technique. Notre service de nettoyage robotisé intègre ces trois leviers, et notre guide sur la pénurie de main-d'œuvre dans le nettoyage en explique le contexte.
Questions fréquentes
Quelle est la convention collective du nettoyage ?
Pourquoi les offres de nettoyage ont-elles le même coût horaire ?
Qu'est-ce que l'annexe 7 de la convention collective propreté ?
Les heures de nuit et du dimanche coûtent-elles plus cher ?
Un acheteur peut-il demander les qualifications des agents ?
Faut-il un juriste pour un changement de prestataire ?
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